[ Un point de vue de Yannick, le 29/11/06 à 14:42 - permalien ]
Tandis que pointe pour le Septième Art une crise sans précédent historique, tant par son ampleur que par la radicalité de ses conséquences, la plupart des acteurs s'interrogent avec de plus en plus d'inquiétude sur l'avenir de leur place dans le circuit.
Soyons honnêtes, ces temps troublés ne sont pas les premiers et ne seront certainement pas non plus les derniers : rappelons que dans les années 30, l'arrivée du parlant a poussé de nombreux acteurs vers la sortie. Cela dit, la situation aujourd'hui est inédite, en ce sens qu'elle concerne directement TOUS les acteurs (distributeurs, studios, exploitants), quand l'apparition du son ne remettait aucune place en cause.
Aujourd'hui, lorsqu'un film sort, le studio confie à un distributeur le soin de faire faire les copies salles, copies qu'il se charge ensuite de répartir sur le territoire, en fonction des programmations salles décidées par leurs exploitants, qui louent les copies aux distributeurs.
Oui, mais voilà, le numérique, pourtant réputé plus rentable que l'argentique à long voire moyen terme, va coûter très cher à mettre en place, les équipements numériques étant 4 à 5 fois plus onéreux à l'achat que leurs homologues traditionnels... Qui va payer pour ce changement ? C'est là que le bât blesse, aucun des acteurs n'étant prêt à assumer seul le coût (faramineux) du passage au tout-numérique : les exploitants savent qu'il serait suicidaire d'augmenter encore leurs tarifs, labos et distributeurs n'ont aucune envie de supporter à eux seuls tout le poids de la reconversion...Et les studios considèrent que le passage au numérique est une affaire de distributeurs et d'exploitants, eux ne se contentant que de fournir des « contenus » aux deux autres...
Quant au spectateur, il n'a aucune envie de payer le prix fort pour une révolution qui ne le regarde de toute façon qu'indirectement,sans parler du fait qu'aujourd'hui les salles n'ont plus l'apanage de la diffusion cinématographique, la faute au home cinema lancé en 1995 par...les studios, pour relancer le marché alors déclinant de la vidéo... Les moyens du public (et, par ricochet sa demande) n'étant pas non plus infinis, la question est de savoir comment vont évoluer les différents rapports de force financiers, tout le monde tablant sur une relance des fréquentations salles, justement grâce au numérique qui aurait un effet d'attraction...
....Si la fréquentation continue à la stagnation comme c'est le cas depuis 2004, que se passera t-il ?