[ Un point de vue de JC Second, le 04/02/08 à 20:38 - permalien ]
Deux nouvelles concernant des séries télévisées me sont parvenues aujourd'hui. Aux Etats-Unis, j'apprends que le film Crash (Collision en français), de Paul Haggis, va inspirer une série du même nom, tournée au format 50 minutes (en 13 épisodes). En France, la première saison du Destin de Lisa achevée va laisser la place à une seconde saison, Le destin de Bruno, ayant pour personnage principal le frère de Lisa et comportant 281 épisodes de 25 minutes.
Le contraste entre ces deux nouvelles est frappant et représentatif du fossé culturel et économique qui sépare la France et les Etats-Unis dans le domaine des séries télévisées. Alors qu'en France, les séries les plus suivies sont d'un format en moyenne court et diffusées par saisons de plusieurs dizaines d'épisodes (fréquemment une centaine au moins), les chaînes étatsuniennes préfèrent diffuser des séries au format 42 ou 52 minutes, ou les saisons comportent autour de 20 épisodes, voire moins (Dexter, grand succès de la chaîne Showtime, comporte 12 épisodes par saison).
Privilégie-t-on la quantité à la qualité en France ? Il semblerait bien, car le nombre moyen de saisons, s'il peut sembler élevé aux Etats-Unis, n'est pas spécialement plus bas en France. Et les différences ne se bornent pas à la production des séries. Les stratégies de diffusion sont également différentes.
Les chaînes étatsuniennes créent un buzz et fabriquent l'événement autour de leurs séries principales. Elles créent une attente et n'y répondent que progressivement (en moyenne, les séries sont diffusées au rythme d'un épisode par semaine, et des pauses d'une à deux semaines sont fréquentes).
Les chaînes françaises préfèrent diffuser les séries soit quotidiennement (un à deux épisodes par jour), soit hebdomadairement, mais à un rythme plus élevé (deux à trois épisodes par semaine, généralement le même jour). Cette attitude peut se comprendre pour les séries importées : l'écart entre la diffusion dans le pays d'origine et la diffusion française étant généralement de plusieurs mois, le buzz initial s'est essouflé et l'attente n'est pas la même. Pour des séries produites en France, la logique est étonnante. Certes, le format ne se prête pas souvent à une diffusion espacée dans le temps. Un épisode de Kaamelott par semaine serait bien insuffisant. Mais très peu de buzzs ou d'événements sont créés à l'occasion de la sortie de nouvelles saisons ou de nouvelles séries.
Cela dit, la tendance semble au changement. Avec la réduction drastique des écarts de diffusion par TF1, pour Heroes ou Lost par exemple, permet de bénéficier du buzz créé par les chaînes étatsuniennes et de jouer sur l'attente des téléspectateurs français. Pour des séries françaises, des événements ont récemment été initiés. Ainsi, la saison 5 de Kaamelott a été précédée de deux prime-time avec une diffusion des deux parties de la saison en continu.
Ces efforts sont louables mais insuffisants. TF1 rend difficile l'accès aux épisodes inédits des séries étatsuniennes (VOD payante, location pour quelques jours, 1,99 € minimum). Et surtout, à la source, les efforts déployés dans la production des séries françaises sont incomparables aux moyens injectés dans la production étatsunienne.
Plusieurs facteurs l'expliquent. La France a un marché environ 5 fois plus petit que les Etats-Unis. La création télévisuelle - et audiovisuelle en général - n'a que tardivement fait l'objet d'une industrialisation, et celle-ci ne favorise pas la qualité à l'heure actuelle, nous rappelle Yannick dans un article précédent.
Au-delà de ces explications techniques, on peut aussi se demander si la série a la même place dans la culture française que dans la culture étatsunienne. A voir le nombre de sites de fan-subbing francophones, il ne semble pas. Mais le public concerné est majoritairement jeune. Le téléchargement affaiblit certainement la demande auprès des chaînes - mais à quel degré ? Un changement dans la stratégie des chaînes pourrait peut-être dynamiser la demande. Quand un épisode est diffusé un lundi soir aux Etats-Unis, il est disponible sur les réseaux de téléchargement le mardi matin en France, et il est sous-titré en français le soir.
Déjà, les efforts de TF1 ont fait abandonner toutes les équipes de sous-titrage français de Lost et de Heroes. Mais le téléchargement persiste, car les conditions d'accès sont difficiles. Payer 3 € pour un épisode de Lost protégé par DRM et lisible un nombre limité de fois n'est pas un environnement porteur pour les jeunes fans de séries.
Les efforts des chaînes françaises doivent donc se poursuivre et s'accentuer. Le problème n'est probablement pas culturel, mais à mon avis économique.
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