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Numérique : le crime était presque parfait.

[ Un point de vue de Yannick, le 19/12/08 à 12:34 - permalien ]

Bon, on va pas recomencer le sempiternel débat pelloche vs D-Cinéma (puisque c'est comme ça qu'il s'appelle maintenant), d'autant plus qu'en effet, les projections comparatives auxquelles j'ai pu assister à Paris donnent -et contre toute attente - l'avantage au numérique.

Sauf que voilà, comme l'explique Paolo Cherchi Usai dans son excellent ouvrage "Silent Cinema : An Introduction" (BFI publishing), tous ceux qui ont un jour manipulé une copie ont inévitablement (et heureusement) laissé des traces de leur passage, traces qui peuvent être interprétées par des spécialistes. Autrement dit, à défaut de pouvoir retrouver la coupe opérée par la censure, on peut au moins savoir exactement où elle a eu lieu. De même, les codes et autres données pochoirisées sur les manchettes permettent de dater avec plus ou moins de précision les copies, ce qui permet, dès lors, de dater la manipulation,la coupe ou l'incident technique : s'agit-il d'une copie de première génération (proche de la date de sortie du film, et donc de grande valeur) ou bien est-ce une copie plus récente, tirée après coup ?

Bref, les copies analogiques, se conservant et continuant à circuler (voir l'article à ce sujet), on peut reconstituer le substrat archéologique du film tel qu'il nous est parvenu. Sera-ce possible en numérique ? En l'absence de copies argentiques du tirage de 2001 de Metropolis, qui sera capable, dans 50 ans (si tant est que Metropolis existe encore dans 50 ans, d'aileurs) de dire qu'à l'époque, les 20 minutes retrouvées depuis n'étaient alors pas connues et considérées comme perdu ?

Personne. Et, dès lors, personne ne saura non plus, par exemple, qu'Abyss fut remonté en 1994, ou que la trilogie de Peter Jackson existe dans une version "redux" essentiellement destinée à la vente en DVD (bien que quelques copies aient été tirées pour une diffusion salles évènementielle).

En l'absence de "shoots" argentiques, seules archives à ce jour stables et commodes à sauvegarder, qui, dans 50 ans, pourra revoir "Ratatouille" ou "Renaissance" ?

Bref, oui, le numérique présente un gain qualitatif et visuel non négligeable, mais il ouvre aussi la porte à toute une série de crimes silencieux et parfaits, puisqu'une coupe dans une image numérique ne laisse pas de traces physiques... Dès lors, rien ne garantit le respect de l'intégrité de l'oeuvre, quand les copies argentiques sont autant de témoins de ce qu'était l'oeuvre à une époque donnée...