The voice of my education said to me
He must be killed,
For in Sicily the black, black snakes are innocent, the gold are venomous.
C'est donc un serpent doré, pas un serpent noir. Il a affaire à un serpent vénimeux. Mais qui vient avant lui.
Question morale: est-ce que je dois respecter et laisser faire le premier venu, même si je vois qu'il est dangereux? Hospitalité.
Quelqu'un arrive, il est là devant moi, il demande... Est-ce que je dois l'accueillir, le laisser, ne pas le tuer, même si je peux pressentir, ou prévoir ou craindre qu'il ne me tue moi même?
Le texte de Lawrence est ici à son apogée, un véritable duel de mort:
la voix de mon éducation me dit / il doit être tué.
And voices in me said, If you were a man
You would take a stick and break him now, and finish him off.
Voilà, l'éducation parle et commande, elle dit que "si on est un homme" ("si", au sens de bravoure, de la virilité; l'homme vrai doit, dans un duel, anéantir sa victime. Si t'es un homme, un homme, un mec, n'est-ce pas, ça n'a pas peur, tu le tuerais.
Et pourtant, et voilà pourquoi je vous cause des codes de l'hospitalité comme matrice de ce poème et du film des Coen, il était là avant moi. Il est le premier venu, et qu'il risque ou qu'il veuille me tuer ou non, je lui dois, je dois ne pas le tuer, je dois le respect.
Was it cowardice, that I dared not kill him? Was it perversity, that I longed to talk to him? Was it humility, to feel so honoured?
I felt so honoured.
Ici, l'hôte (
host) se sent honoré par l'invité (
guest), malgré et en opposition aux voix de l'éducation. Il se sent honoré devant celui qui vient, c'est le premier affect, la première expérience. Il est là, il est là avant moi, devant moi, et je lui en suis reconnaissant.
C'est donc un hôte: scène classique, biblique et moyen-orientale, européenne. Ca se passe presque systématiquement près d'un point d'eau, dans une oasis ou à côté d'un puits. Et le dybbuk aussi voudrait un bol de soupe.
(chez moi, à la russe, à mes invités et mes "premiers venus", je propose toujours un shot de vodka pour se mettre dans l'ambiance; vodka en russe, c'est "petite eau" ou un truc du genre, si on veut absolument traduire)
He drank enough
And lifted his head, dreamily, as one who has drunken,
And flickered his tongue like a forked night on the air, so black,
Seeming to lick his lips,
And looked around like a god, unseeing, into the air
Voilà que la bête se met à ressembler à un dieu.
Pourtant, le narrateur fait un geste, en accord avec les voix qui lui commandent sa propre humanité ("Tue-le") il jette un truc à ce serpent, qui tout d'un coup se retire, replonge dans la nuit. Le poème se termine sur une porte ou sur un seuil, dans une indétermination: devant ce trou qui mène aux profondeurs de la terre où s'est retiré le serpent.
Mais après avoir fait le geste, il est aussitôt subjugé par la honte et l'horreur.
And immediately I regretted it.
I thought how paltry, how vulgar, what a mean act!
I despised myself and the voices of my accursed human education.
Je me vermine - je me métaphysique - je me termite - je m'albumine - je me métamorphose - je me métempsychose - me dilapide - je n'en aurai jamais fini - je me reprends - je me cloaque et m'analyse - je m'altruise - je vais crever madame la marquise!