Tous les autres s'appellent Ali

Tout le cinéma des années 50 au début des années 90.

Modérateur: luna

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Messagepar angel » 9/05/08, 21h02

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Dans un bar où elle était entrée pour s'abriter de la pluie Emmi, veuve, dans les 60ans, qui travaille comme femme de ménage rencontre Ali, un marocain qui a 20 ans de moins qu'elle.

Ils tombent amoureux et se marient.

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Quand ses enfants apprennent ça, ils ne sont pas franchement emballés.
Dernière édition par angel le 9/05/08, 22h17, édité 1 fois au total.
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Re: Tous les autres s'appellent Ali

Messagepar angel » 9/05/08, 21h52

Il faut dire que la transgression est assez énorme, d'autant que cela ne se passe pas dans la jet-set mais dans un milieu assez modeste et conservateur.
Mais il ne s'agit pas d'un mélodrame. Les personnages ne sont ni blancs ni noirs, les "méchants" ne sont pas inhumains et Ali et Emmi eux-mêmes ne sont pas au dessus de toute critique.
Dans un premier temps le couple se retrouve devant l'hostilité générale, qui finit pas se calmer (pour des raisons un peu interessées, mais qui finit par se calmer quand même), mais à  ce moment surgissent des problèmes de couples liés à  la différence de culture et de génération. Donc, si les choses échouent en definitive, ce n'est pas à  cause du carcan imposé par le milieu social mais pour d'autres raisons. D'aileurs, l'échec n'est pas total non plus même si la fin n'est guère optimiste.
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Messagepar Dr. Strangelove » 9/05/08, 23h03

C'est justement cette opposition de teintes et le sentiment amoureux contradictoire qui veut que ce soit un mélodrame. Le film s'inscrit consciemment dans un genre, et Fassbinder a toujours admiré Sirk.

On peut parler de "drame sentimental" si tu préfères: qu'importe, puisque c'est jouer avec les mots pour parler de la même chose. Encore que, même si ça conviendrait parfaitement à  certains Antonioni (La Notte), Fassbinder semble être au dela ou en deça du simple drame, dans la mesure justement où n'hésite pas à  presser le pathos.
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Re: Tous les autres s'appellent Ali

Messagepar angel » 10/05/08, 19h57

Drame social et sentimental.

Je me fie à  la définition classique du mélodrame: spectacle triste et pas trop finaud destiné à  un public féminin ( :oops: ), une autre espèce d'opium (cf :l'interview de chabrol "moi, je ne suis pas un marchand d'opium...")

Assuremment, Ali n'est pas une comédie, ni une tragédie, car la tragédie met en scène des rois et des reines, d'ailleurs on se demande ce qu'est devenue la tragédie au cinéma. En fait on la retrouve dans les films de gangsters car les gangters sont les rois de l'époque actuelle (du moins sur l'écran) et les rois d'autrefois étaient très probablement des vrais gangters.
Donc Ali est un drame, mais pas un mélodrame.
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Re: Tous les autres s'appellent Ali

Messagepar Dr. Strangelove » 10/05/08, 20h36

Fassbinder exploite toutes les caractéristiques du mélodrame : « il met en scène des personnages typés qui se débattent au cœur d'une intrigue violente. […] Le pathétique étant le moteur qui anime le genre, on a étendu la notion de mélodrame au domaine distinct du drame sentimental plaisamment désigné par les Américains tear-jerker (tire-larmes). »

PINEL (V.).- Ecoles, genres et mouvements au cinéma, Paris : Larousse, 2000, p. 138. Notons que le drame sentimental caractérise le cinéma de Douglas Sirk dont s'est inspiré Fassbinder.

Ccl: Tous les autres s'appellent Ali est un drame sentimental parce que c'est un mélodrame, et non pas un mélodrame parce que c'est un drame sentimental.

Même si Ali était roi et Emmi une reine, le film n'aurait pas pu être, serait tout le contraire d'une tragédie, qui sous-entend un sens du destin et une verticalité dans la relation des hommes aux Dieux, au monde, à  ce qu'ils sont. Fassbinder ne va jamais plus loin que ses personnages, et tente de saisir les flux complexes et indéterminés entre les êtres et la société, le travail, l'altérité.

La scène centrale du film n'est pas très marquée cinématographiquement, narrativement, esthétiquement. Elle est en revanche remplie d'affects: une nouvelle employée étrangère mange seule dans une cage d'escalier.
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Re: Tous les autres s'appellent Ali

Messagepar angel » 10/05/08, 23h26

Alors, si Ali est un mélodrame, comment tu définis un drame qui n'est pas un mélodrame? :evil:
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Re: Tous les autres s'appellent Ali

Messagepar Dr. Strangelove » 11/05/08, 07h45

Mais je te dis, c'est le choix de ne pas verser dans le pathos, dans l'exploitation sentimentale.
Or Fassbinder le fait, et se plait même à  rajouter des couches. Pense à  cette scène à  une table, dehors, avec la caméra qui tournoie autour du couple et les critiques acerbes des employés du restaurant, au loin.

Encore une fois, le drame c'est par exemple Antonioni: L'Eclisse, la Notte.

Je ne vois pas pourquoi tu te fais du mélo une si triste idée. C'est très bien un mélo, de temps en temps. Rien à  voir avec les femmes qui pleurent.
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Re: Tous les autres s'appellent Ali

Messagepar eLeN » 15/06/08, 15h20

Bon, à  part votre discussion sur le drame et le mélodrame.

J'ai adoré ce film, de tout point de vue.
Bizarrement (pour moi, en tout cas) j'avais par moments l'impression de regarder un film de Kaurismaki.
Certaines images m'ont aussi rappelé "Muriel" de Resnais.

Pourtant, je crois avoir aimé tous les films de Fassbinder que j'ai vu...Je veux dire que je n'ai pas besoin de cette parenté avec d'autres films que j'ai aimé également pour l'apprécier.
Et en y réfléchissant, finalement, il y a bien un rapport avec votre discussion dans ce que je suis en train d'écrire de façon désordonnée.
Je n'ai pas trouvé de mélodrame dedans. Du tout.
C'est peut être le rapport que je suis en train de faire avec Kaurismaki et avec le Resnais de Muriel...
La chose est racontée et exposée de façon limpide et simplissime.
Les événements se déroulent, les uns après les autres. Les personnages s'expriment de manière claire et directe (mais pas vraisemblable et surtout pas banal). Tout est épuré, dépouillé presque.
Tout le film ressemble pour moi un peu à  l'appartement de la propriétaire du bar, étonnement beau, clair et sobre....Mais sur le mur de la salle à  manger, il y a deux reproductions de Hundertwasser...Contrairement à  cette notion de simplicité ou de sobriété (une autre forme de beauté, en tout cas) ces reproductions font un peu "veduta": la fenêtre des peintres de la renaissance qui ouvrait une autre perspective.
Et le Fassbinder auquel j'étais davantage habituée (si on peut "s'habituer" à  Fassbinder ^_^ ) ressemblerait plus au sentiment de horror vacui d'un peintre comme Hundertwasser...

Autrement, je n'ai pas trouvé que la fin soit pessimiste.
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Messagepar Dr. Strangelove » 15/06/08, 15h58

Je trouve le film pessimiste jusque dans son titre: Angst essen Seele auf. Littéralement: la peur dévore l'àme.
Toutes les puissances du film se nichent dans ces quelques mots.

Sobriété, simplicité: naturellement, où est le problème? Encore une fois, le mélo n'est pas à  prendre dans le sens d'un surplus dramatique ou de chantage émotionnel; ce sont comme des filtres de couleur qui se superposent et donnent un ton, une texture à  la foudroyante concision de l'ensemble.

Encore une fois: je vous rapporte à  la scène suivante: http://youtube.com/watch?v=C7ehM6k-pX4
Remarquez le mouvement circulaire qui se rapproche des visages, des mains; ce n'est plus simplement une direction d'acteurs, c'est une direction de spectateurs. L'effet est discret, presque imperceptible; toujours est-il que si un réalisateur décide de quitter le plan fixe, se rapprocher de ses protagonistes (et pas n'importe comment, s'y rapprocher assurément, à  petits pas); alors il se situe clairement dans un certain rapport au réel qui n'est pas simplement dramatique (drame au sens originaire: "action")

Je te suis sur Kaurismaki eLeN, difficile de ne pas y penser, mais tu me laisses sur le carreau concernant Resnais. Je ne saisis pas l'agencement.
Marienbad est un film travaillé uniquement par la mémoire, l'anamnèse; l'idylle amoureuse importe peu. L'influence de ce film est plutôt à  chercher dans le cinéma de l'espace: Shining, de Stanley Kubrick par exemple.
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Re: Tous les autres s'appellent Ali

Messagepar eLeN » 15/06/08, 16h26

Dr. Strangelove a écrit:Je trouve le film pessimiste jusque dans son titre: Angst essen Seele auf. Littéralement: la peur dévore l'àme.
Toutes les puissances du film se nichent dans ces quelques mots.

On peut ne pas voir de pessimisme dans ces mots! La peur dévore l'àme, mais les personnages décident de ne plus avoir peur...
A la fin, à  l'hôpital, quand le médecin explique à  Emmi que ce qui arrive à  Ali est fréquent chez les travailleurs immigrés, elle répond que chez eux ce sera différent.

Sobriété, simplicité: naturellement, où est le problème? Encore une fois, le mélo n'est pas à  prendre dans le sens d'un surplus dramatique ou de chantage émotionnel; ce sont comme des filtres de couleur
qui se superposent et donnent un ton, une texture à  la foudroyante concision de l'ensemble.
j'ai dit qu'il y avait un problème, moi?
J'ai compris que tu ne parlais pas de mélodrame de façon péjorative, mais je reste sceptique...Parce que même ton image de filtres de couleur (que j'apprécie) ne me semble pas coller à  ma perception du film.
Encore une fois: je vous rapporte à  la scène suivante: http://youtube.com/watch?v=C7ehM6k-pX4
Remarquez le mouvement circulaire qui se rapproche des visages, des mains; ce n'est plus simplement une direction d'acteurs, c'est une direction de spectateurs. L'effet est discret, presque imperceptible; toujours est-il que si un réalisateur décide de quitter le plan fixe, se rapprocher de ses protagonistes (et pas n'importe comment, s'y rapprocher assurément, à  petits pas); alors il se situe clairement dans un certain rapport au réel qui n'est pas simplement dramatique (drame au sens originaire: "action")
Pourquoi "dramatique" serait "simplement dramatique"?

Je te suis sur Kaurismaki eLeN, difficile de ne pas y penser, mais tu me laisses sur le carreau concernant Resnais. Je ne saisis pas l'agencement.
Marienbad est un film travaillé uniquement par la mémoire, l'anamnèse; l'idylle amoureuse importe peu. L'influence de ce film est plutôt à  chercher dans le cinéma de l'espace: Shining, de Stanley Kubrick par exemple.
Je ne parle pas du Resnais de Marienbad mais de celui de Muriel. C'est surtout dans l'aspect visuel, l'importance des objets du quotidien, les intérieurs, la couleur.
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Messagepar Dr. Strangelove » 15/06/08, 16h54

Ah ouais j'suis con. Muriel bien sûr oui, évidemment.

Et ben voilà  on en revient à  ces affaires de sentiments. Je disais "pas simplement dramatique" car dans le mélodrame une valeur s'ajoute (il ne faut évidemment pas voir ça dans le sens d'un supplément, d'une amélioration). Et cette valeur, c'est le pathétique en tant qu'il est le moteur qui anime le film.
Possiblement, je délire, mais les scènes comme celle proposée en haut, ou celle où une jeune immigrante des pays de l'est est forcée de manger seule, dans la cage d'escalier; ce sont des pathos au sens du mot le plus pur, autrement dit des éléments qui varient les degrés d'émotivité et fonctionnent comme des médiums entre le spectateur et le film.

Aussi, Resnais dans Muriel au fond, c'est quoi? Rien de plus lointain d'un mélodrame, encore une fois parce que la seule chose qui obsède Resnais est le temps, mais le film est quasi entièrement composé de faux raccords; il n'y a que des raccords de sentiment; si le personnage passait de droite à  gauche dans un plan, il fallait que dans le plan suivant il passe de gauche à  droite, ou qu'il vienne de face, pour que ça choque, pour que ça contraste. La caméra semble être replie d'affects, si bien qu'elle ne se contente plus de filmer, elle se met à  délirer l'Algérie, Bourgogne, les antiquités rangées dans l'appartement: une sémiologie sentimentale qui trahit la nostalgie, un rapport pervers au passé.

Ce "raccord de sentiment", je le vois aussi chez Fassbinder, mais dans des préoccupations tout autres; plus sociétales, moins politiques.
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Re: Tous les autres s'appellent Ali

Messagepar angel » 15/06/08, 21h12

Dr. Strangelove a écrit:Je trouve le film pessimiste jusque dans son titre: Angst essen Seele auf. Littéralement: la peur dévore l'àme.



Comme l'ulcère gastrique pour lequel il est hospitalisé à  la fin.
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Re: Tous les autres s'appellent Ali

Messagepar eLeN » 15/06/08, 21h25

angel a écrit:
Dr. Strangelove a écrit:Je trouve le film pessimiste jusque dans son titre: Angst essen Seele auf. Littéralement: la peur dévore l'àme.



Comme l'ulcère gastrique pour lequel il est hospitalisé à  la fin.

Oui, mais le médecin dit à  Emmi que la plupart des patients s'en sortent...pour revenir 6 mois plus tard. Et Emmi répond: lui, il ne reviendra pas.
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Messagepar Dr. Strangelove » 15/06/08, 21h36

J'ai revu la fin; ça se passe comme tu le dis, sauf que le médecin la coupe dans son élan enthousiaste, en disant sèchement "Ok Ok, bonne chance".
Plus tard, on le voit tout à  fait dubitatif, en train d'observer le couple bàtard qui se retrouve.

La meilleure des intentions, parfois, ne suffit pas.
On guette, au dehors.
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Re: Tous les autres s'appellent Ali

Messagepar eLeN » 15/06/08, 21h40

oui, mais justement, tu as vu la gueule qu'il a, le médecin?
Ce n'est pas le genre à  croire que l'amour pourra vaincre... :siffle:
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