A bout de souffle, de Jean-Luc Godard (1960)

Tout le cinéma des années 50 au début des années 90.

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A bout de souffle, de Jean-Luc Godard (1960)

Messagepar JC Second » 17/07/07, 21h04

Et pas de sujet, après plus d'un an d'existence, sur ce film. Je commence à  me poser des questions ^_^

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A bout de souffle, que j'avais déjà  vu à  la rétrospective Beaubourg sur Godard, on ne peut s'empêcher de le regarder en se disant "Il faut que j'aime". C'est dommage, car du coup, on hésite sur la sincérité de son sentiment vis-à -vis de ce film. Il a vieilli, certes, mais certaines scènes restent géniales : l'interview de Parvulesco (Jean-Pierre Melville), le trajet sur la Nationale 7, la fin, quelle fin...

Dans cette cavale d'un meurtrier, on ne se sent jamais en fuite. Michel Poiccard ne se résoud à  partir, "fatigué", comme il dit, et amoureux. Jean Seberg (Patricia), elle, voit la vie comme un jeu. Son innocence contraste avec le caractère de Michel (Belmondo of course), dont on ne sait d'ailleurs que penser.

On n'ose pas trop dire quoi que ce soit sur ce film. En tout cas, je sens encore posés sur moi les yeux de Jean Seberg, dont le regard face caméra conclut le film.
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Re: A bout de souffle, de Jean-Luc Godard (1960)

Messagepar Dr. Strangelove » 18/07/07, 12h35

Et pas de sujet, après plus d'un an d'existence, sur ce film.

:) On attendait tous avec impatience que tu le fasses.

Bon alors, que dire d'A bout de souffle?
C'est un vrai film de clochard, de gamin, de petit macho qui s'amuse et qui ne fait pas attention au reste. C'est un film de Godard.
Sauf que celui-là , c'est le premier, et est donc très intéressant à  observer. On y repère déjà  les grandes lignes conductrices de l'oeuvre godardienne: des personnages qui ressemblent à  des adolescents dans une peau d'adultes, une fuite des héros vers un au-delà  dont ils n'ont pas la connaissance (souvent la mort), des dialogues ciselés (tu as cité l'interview), une relation amoureuse fluctuante.

Mais là  où il faut parler de ce film, c'est bien concernant la mise en scène, qui pose les jalons de la Nouvelle Vague française. En ce sens, A bout de souffle est d'une importance capitale, qu'on aime ou qu'on aime pas (moi j'aime pas trop). Il y a ici une fraicheur et une aisance sans précédent. Fini le cinéma de papa avec une lumière qui éclaire les visages, un montage sage et posé, une musique prévisible qui vient appuyer les moments forts. Bref, voici venue une vague nouvelle (française! vous pouvez en être fiers!), qui signe la fin d'un cinéma hollywoodien. C'est le passage d'une industrie de producteurs (Welles, Kazan, Capra, Tourneur, tous signaient des contrats de 5-7 ans avec une boite de production, à  qui ils livraient un genre de films défini) à  un cinéma d'auteur (Truffaut, Resnais, Rivette, Godard, etc.) Désormais, faire un film ne coute rien. On tourne dans la rue, à  l'improviste. On écrit des scènes sur le moment. On prend des acteurs inconnus.

Bref, le cinéma devient accessible à  tous et subit une cure de jouvence capitale, qui s'exportera loin au delà  des frontières françaises et influencera les courants du monde entier. Sans cette poignée de réalisateurs, aussi critiques dans les Cahiers du Cinéma, le paysage audio-visuel actuel serait sans doute tout différent.
Et qu'on ose pas venir dire après que Godard est un vieux intello dont les films resteront dans leur coin et que plus personne ne verra/comprendra jamais. Qu'on le veuille ou non, il est déjà  une brique dans la contruction qu'est le cinéma, et une brique qui est dans les fondements. Vous l'enlevez, et tout s'écroule...
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Re: A bout de souffle, de Jean-Luc Godard (1960)

Messagepar JC Second » 18/07/07, 13h12

Oui, tu as raison, c'est évidemment en termes de mise en scène qu'il faut parler de ce film. Les discontinuités d'image avec continuité sonore, les caméras à  la main, les adresses au spectateur...

En effet, comme tu dis, après, on aime ou on n'aime pas. J'ai trouvé qu'il y avait quelques longueurs, mais les scènes "cultes" m'ont bien fait plaisir :)
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Re: A bout de souffle, de Jean-Luc Godard (1960)

Messagepar Yannick » 18/07/07, 13h52

Dr. Strangelove a écrit:Voici venue une vague nouvelle (française! vous pouvez en être fiers!), qui signe la fin d'un cinéma hollywoodien. C'est le passage d'une industrie de producteurs (Welles, Kazan, Capra, Tourneur, tous signaient des contrats de 5-7 ans avec une boite de production, à  qui ils livraient un genre de films défini) à  un cinéma d'auteur (Truffaut, Resnais, Rivette, Godard, etc.)


C'est bien là  le drame : les français ont commis l'erreur de laisser à  Hollywood le quasi monopole du film efficace et populaire, parce que c'était dans le vent dans l'hexagone... En d'autres termes, les français se sont mis à  faire ce qu'on leur reproche le plus aujourd'hui : faire du français ! De plus, ces films dits "de producteurs" ont été l'occasion pour les grands réalisateurs, justement, de faire montre de leur savoir faire avec des moyens à  la hauteur de leurs ambitions, sans parler du fait qu'aujourd'hui, ce sont en général ces films là  qui sont devenus cultes pour les générations contemporaines, et ce ne sont pas non plus les plus mauvais films des grands réalisateurs. Regarde la période américaine de Fritz Lang, la pression du producteur ne l'a pas empêché de faire des bijoux aujourd'hui reconnus comme incontournables ! Et ce n'est pas le seul, j'en veux pour preuve des opus comme "Cat People" (Tourneur) ou "The Stranger" (Welles).

Désormais, faire un film ne coute rien

Et que dire des recettes ? :lol:
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Re: A bout de souffle, de Jean-Luc Godard (1960)

Messagepar Dr. Strangelove » 18/07/07, 15h20

C'est bien là  le drame : les français ont commis l'erreur de laisser à  Hollywood le quasi monopole du film efficace et populaire, parce que c'était dans le vent dans l'hexagone... En d'autres termes, les français se sont mis à  faire ce qu'on leur reproche le plus aujourd'hui : faire du français ! De plus, ces films dits "de producteurs" ont été l'occasion pour les grands réalisateurs, justement, de faire montre de leur savoir faire avec des moyens à  la hauteur de leurs ambitions, sans parler du fait qu'aujourd'hui, ce sont en général ces films là  qui sont devenus cultes pour les générations contemporaines, et ce ne sont pas non plus les plus mauvais films des grands réalisateurs. Regarde la période américaine de Fritz Lang, la pression du producteur ne l'a pas empêché de faire des bijoux aujourd'hui reconnus comme incontournables ! Et ce n'est pas le seul, j'en veux pour preuve des opus comme "Cat People" (Tourneur) ou "The Stranger" (Welles).

Je signale quand-même que la Nouvelle vague a été trèèèès efficace et populaire. Des centaines de films par ans, plein d'acteurs totalement nouveaux qui deviennent des stars (Belmondo et Karina pour ne citer qu'eux), et ... plein de fric dans les caisses.
Alors je ne vois pas où tu vas chercher du drame là  où il n'y en a manifestement pas. Du reste, je n'ai jamais nié l'importance des films Hollywoodiens ... mais le cinéma de papa ce n'est pas bien non plus, comme dit Hermione dans Haripoté, "c'est excitant d'enfreindre les règles".
Et pour Welles, il est curieux de voir que son plus grand chef d'oeuvre est justement un film où il avait -et ça arrivera une seule fois dans sa vie- touts pouvoirs sur son oeuvre. Ce qui contredit un peu ta théorie des films cultes.

Donc moi, la Nouvelle Vague, je vote oui. :) C'est un courant un peu extrême, une sorte de révolution très brève mais très intense, qui en s'estompant a modifié la façon de faire du cinéma.
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Re: A bout de souffle, de Jean-Luc Godard (1960)

Messagepar Yannick » 19/07/07, 11h09

Que ça aie marché sur le moment, pourquoi pas, mais aujourd'hui ?
Après la vague, c'est le reflux, c'est bien connu !
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Re: A bout de souffle, de Jean-Luc Godard (1960)

Messagepar Dr. Strangelove » 19/07/07, 11h10

:) C'est leur problème si les cinéastes d'aujourd'hui n'arrivent plus à  s'adapter au public tout en continuant les expérimentations.
Je ne vois pourquoi c'est la faute à  cette poignées de gars des années 60 ...
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Re: A bout de souffle, de Jean-Luc Godard (1960)

Messagepar Yannick » 19/07/07, 11h26

Dr. Strangelove a écrit::) C'est leur problème si les cinéastes d'aujourd'hui n'arrivent plus à  s'adapter au public tout en continuant les expérimentations.
Je ne vois pourquoi c'est la faute à  cette poignées de gars des années 60 ...

Tout simplement parce qu'on s'en fait un monument dont l'ampleur n'est peut être pas si justifiée que ça...Si on retire le maniérisme et le travail formel, je ne suis pas sûr qu'il ne reste grand-chose... Or, sans fond, que vaut la forme ?
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Re: A bout de souffle, de Jean-Luc Godard (1960)

Messagepar Dr. Strangelove » 19/07/07, 11h40

Je ne comprends rien à  ce que tu dis. On parle de qui là , des cinéastes actuels? De la nouvelle vague? De Truffaut, de Godard?

on s'en fait un monument

Ben là  encore, la faute à  qui? Au lieu de faire preuve d'un fanatisme aveugle, autant accepter les mérites là  où il en a et de rejeter les manques et les carences. Tout est une question de comportement. Ce que je dis simplement, c'est qu'il ne faut pas nier l'importance de la NV dans l'histoire du cinéma.

Si on retire le maniérisme et le travail formel, je ne suis pas sûr qu'il ne reste grand-chose

C'est pour ça que je n'aime pas trop A bout de souffle. Du reste, la forme chez Godard est constitutive du fond. C'est la crise de l'image-action qui (ra)conte. Donc ça reste encore à  voir ce que tu dis.

Enfin bon, je sens chez toi un clair mépris envers Godard, que malgré les tentatives, je peine vraiment comprendre. Peut-être une vieille névrose des cours de ciné? Encore que la psychologie n'explique pas tout... :)
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Re: A bout de souffle, de Jean-Luc Godard (1960)

Messagepar Yannick » 19/07/07, 12h02

Pas du tout, simplement je crois qu'on m'a vendu par erreur godard comme un cinéaste. Godard n'est à  mon sens pas un cinéaste, en revanche, c'est un plutôt bon artiste contemporain... Je sais bien que dans les sixties/seventies l'intelligence était de mise, mais bon... moi quand je vois godard qui s'amuse à  couper/remettre le son (dans le mépris je crois) de la musique diégétique pour bien qu'on entende les dialogues et caricaturer l'habitude des mixeurs baisser le son de la musique d'ambiance sur les dialogues, d'accord, c'est intéressant ça fait conscientiser le truc, mais au passage, déjà  ça irrite prodigieusement, ensuite c'est ridicule, et enfin, ça fait illico sortir le film du cinéma, et ça le relègue au rang d'expérimentation... or, l'expérimentation, je le dis et je le redis, c'est indispensable pour le cinéma, mais pour moi, l'expérimental (de par sa faible rentabilité financière dans le cinéma contemporain) n'a pas sa place dans le cinéma dit "traditionnel" : il y a des circuits prévus pour ces objets filmiques bizarroïdes.

Alors Godard est peut être un excellent grammarien du cinéma, il est peut être un des rares à  avoir tout compris des trucs et autres codes, mais c'est un très mauvais réalisateur au sens où ses films ne respectent aucune des conventions les plus basiques, à  commencer par celles du montages et de la vraisemblance. C'est un peu comme ce que fait Valère Novarina : pour mettre à  un la machine, il en pousse les vices jusqu'au bout, sauf que voilà , à  trop en faire, la machine se met à  tourner à  vide, et un fois remontée elle ne fonctionne plus, preuve qu'il y a bel et bien eu un échec quelque part... Faire du cinéma comme ça, c'est à  mon sens comme si le cinéma lui même se tirait une balle dans le pied... Que ce soit intelligent tout ça ok, mais en dehors de ça euuuh
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Re: A bout de souffle, de Jean-Luc Godard (1960)

Messagepar Dr. Strangelove » 19/07/07, 14h56

Bon Yannick, en gros ce que tu reproches à  Godard c'est d'avoir pris pour thème de recherche le statut de l'image. Seulement voilà , il faut bien quelqu'un qui le fasse, et il se fait que c'est Godard qui s'y est penché de manière la plus pertinente. Si personne ne l'avait fait il y aurait encore des gens pour crier au scandale.
Godard n'est à  mon sens pas un cinéaste, en revanche, c'est un plutôt bon artiste contemporain

Un cinéaste n'est pas un artiste alors? Ou alors un vieil artiste?
Je sais bien que dans les sixties/seventies l'intelligence était de mise

Elle ne l'est plus?
moi quand je vois godard qui s'amuse à  couper/remettre le son (dans le mépris je crois) de la musique diégétique pour bien qu'on entende les dialogues et caricaturer l'habitude des mixeurs baisser le son de la musique d'ambiance sur les dialogues, d'accord, c'est intéressant ça fait conscientiser le truc, mais au passage, déjà  ça irrite prodigieusement, ensuite c'est ridicule, et enfin, ça fait illico sortir le film du cinéma

Alors là  tu vois, c'est contradictoire, car d'une part tu trouves la démarche "intéressante" "intelligente", mais d'autre part ça t'énerve. Moi, ça me fascine, d'aller au cinéma et de tout d'un coup voir rompu mon contrat de spectateur (cette caméra qui se tourne vers nous et qui nous questionne dans Le Mépris, par exemple). Et à  ce moment là  je ne me dis pas "woaw que c'est intelligent, parce que si on l'analyse comme ceci ou comme cela on a un truc tout à  fait nouveau que je me dois d'aimer". Non, je me dis tout simplement "voilà , là  on touche à  quelque chose de profond, là  on exploite totalement la forme cinématographique". Alors si on suit ton raisonnement, le cinéma se réduirait au contraire à  une application schématique de codes les plus basiques, qui ont fait leur succès auparavant, et sur lesquels on devrait continuer à  compter. Je suis désolé NON, s'il y a bien un truc qui m'énerve c'est ça, et pas Godard. Marre des 300, marre des Transformers, marre à  revoir les mêmes histoires chaque année, marre de me prévoir la fin du film avant-même d'avoir vu le début. Je ne dis pas que tout le monde devrait faire du Maya Deren, du David Lynch ou du Bukanowski, mais le cinéma expérimental est un genre à  part entière, avec une place tout à  fait honorable dans les salles, et qui ne doit pas être réduit à  des circuits alternatifs (en gros des circuits totalement inaccessibles et hermétiques). Ce sont bien ses découverte sà  lui qui permettent au cinéma que tu qualifies de "traditionnel" d'avancer et de se renouveler. Alors refourguer Godard au stade d'un petit expérimentateur inaccessible et ràté me parait au mieux injuste, au pire méprisant.

très mauvais réalisateur au sens où ses films ne respectent aucune des conventions les plus basiques, à  commencer par celles du montages et de la vraisemblance.

Voilà  ce que je disais plus haut, il y a donc bel et bien une recette absolue à  respecter ... sinon, dehors? Pourquoi est-t-il interdit de jouer avec le montage, si c'est pertinent (tu le dis toi-même), pourquoi ne pas couper le son là  où cet effet est fichtrement plus efficace qu'un dialogue de sourds de 10min? Je ne comprends pas, tu dis que Godard est un excellent grammairien mais tu rejettes en bloc sa langue.

Faire du cinéma comme ça, c'est à  mon sens comme si le cinéma lui même se tirait une balle dans le pied

Non mon cher, c'est au contraire un cinéma qui se soigne, qui s'observe, et qui cherche en lui de nouveaux possibles ... pour la gloire des cinéastes actuels et de tous les autres à  venir, qu'ils soient commerciaux, cons ou intelligents, expérimentaux ou traditionnels. (d'ailleurs il y a déjà  du Godard dans le dernier clip de JC :lol: )
Les cinéastes de ce genre se tirent une balle eux-mêmes car ils s'exposent ainsi aux critiques les plus virulentes (ce topic le prouve), mais en aucun cas ils ne discréditent le cinéma.
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Re: A bout de souffle, de Jean-Luc Godard (1960)

Messagepar Yannick » 19/07/07, 15h24

Précisions toutefois que je n'ai jamais dit qu'ils dénigraient le cinéma, bien au contraire...simplement, j'essaye de voir ça du point de vue du grand public, c'est à  dire celui dont la fréquentation est synonyme de financements !
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Messagepar Dr. Strangelove » 20/07/07, 11h09

:lol: Yannick, tu serais un redoutable économiste.
Enfin bon, je suis ton argument, et je suis d'accord sur la nécessité de ne pas mettre financièrement en danger le cinéma, mais ne trouves-tu pas que ...parfois du moins... les intérêts artistiques font passer les bénéfices en arrière-plan?
Je veux dire, regarde Citizen Kane, qui n'a pas été capable d'amorcer son coût. Tu penses vraiment que ce film aurait du être distribué, comme tu le préconises, dans des circuits alternatifs pour films expérimentaux? (car Citizen Kane est sans aucun doute un film "expérimental", même si devenu "classique") Ne trouves-tu pas, vu l'énormissime chef d'oeuvre que nous a livré Welles et vu les innombrables innovations apportées au cinéma, qu'on peut passer outre le flop financier?
Je n'ai aucune envie que nos cinéastes deviennent des marchands. Alors sur ce, je ne veux évidemment pas dire qu'ils devraient faire des films en autarcie sans tenir compte du public ... mais de temps en temps, et quand c'est totalement assumé, ça ne fait jamais de mal.

Du reste, les cinéastes disons (maladroitement) "art et essai" ont désormais leurs propres financements. INLAND EMPIRE a été entièrement réalisé/produit/distribué sur les fonds personnels de Lynch et de Laura Dern. Bon voilà , le film n'a pas trop bien marché, ils sont dans la dèche, mais je suis sur qu'ils sont très heureux de l'expérience.
Alors à  côté tu as des blockbusters qui coûtent des centaines de millions, qui dépensent 40% de leur budget en promotion (je trouve ça hallucinant) et qui font après, à  l'instar d'un Alamo, un flop total au box office.

Donc je trouve ça un peu injustifié de t'attaquer aux petits films peu chers qui n'ont jamais eu les prétentions de gagner du fric, et qui l'assument, alors qu'il y a des gouffres financiers bien plus importants à  côté.
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Re: A bout de souffle, de Jean-Luc Godard (1960)

Messagepar Yannick » 20/07/07, 16h42

Entièrement d'accord, il faut laisser l'histoire et surtout le temps faire leur travail de décantation : on n'est pas à  l'abri des surprises, à  l'instar de Blade Runner, qui lui aussi revit en DVD. Il faut rappeler aussi que la comparaison ne tient que jusqu'à  un certain point, puisqu'à  l'époque, hormis le circuit salles, il n'y avait pas grand chose pour voir les films ! Ce qui m'amène à  une autre question : comment "Citizen Kane" a t-il été redécouvert et relancé ?
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Re: A bout de souffle, de Jean-Luc Godard (1960)

Messagepar Dr. Strangelove » 20/07/07, 17h01

Mais je ne crois pas qu'il a été re-découvert ou re-lancé, la critique tant le public ont du toute de suite y voir la marque d'un génie sans fin.
Ce qui n'a pas empêché le film (très cher sans doute dès le début) de se planter.

Enfin, pour clore ce très intéressant débat, et je t'en remercie Yannick, petite citation de Dumont que je viens de trouver:
L''industrie du cinéma actuelle formate et cérébralise énormément. C'est son rôle de prévoir. On prévoit tout pour qu'il n'y ait pas de risque. L'industrie automobile, elle fait une voiture, et ce sont toutes les mêmes. Il n'y a plus de fantaisie. Il n'y a plus de créativité. La sensibilité contemporaine est formatée, il n'y a pas de prise de risque. C'est comme le vin, ils sont tous pareils. Il y a un formatage qui fait énormément de dégàts sur la sensibilité. Il n'y a plus de prise de risque. Quand Renault fait une voiture un peu bizarre et qu'elle ne marche pas, il la reprend et on n'en parle plus. Le cinéma, c'est pareil. Le problème de la mollesse de l'esthétique cinématographique contemporaine, c'est l'économie qui l'a fait. Les gens ne prennent plus de risques, donc il n'y a plus de fertilité. On prend un tàcheron pour faire la mise en scène. C'est comme la télé, il n'y a pas de prise de risques comme ça. Du coup, c'est médiocre. C'est immonde. à€ la représentation de mon film à  Paris, il y avait un ancien patron de France 2. Il commence à  me dire : « Formidable, votre film… Extraordinaire ! » Il me cirait les pompes, et bien. Je lui dis : « à‰coutez, c'est vous qui me dites ça, et quand je vois toutes les merdes que vous faites, comment vous pouvez prendre plaisir à  un film pareil ? » Là , il a commencé à  se piquer, il m'a regardé et il a dit : « Je sais que j'ai fait de la merde, et je fais encore de la merde, mais de toute façon, il y a Arte, maintenant, et les gens verront vos films sur Arte. » C'était snob de dire que mon film était formidable et que les spectateurs devraient être là . Je lui ai dit : « Et vous, vous le mettez dans quel état, votre spectateur ? » Je ne pouvais pas lui mentir. Enfin…


Alors voilà , Godard et la Nouvelle Vague c'est ça .. c'est tenter de faire un vin nouveau, un modèle de voiture différent, c'est de briser le canevas beaucoup trop serré des producteurs. Après qu'on ne l'aime pas, c'est déjà  une autre histoire.
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