
AMERICAN PSYCHO
Un homme est brûlé vif. Dans un quartier new-yorkais se promènent deux hommes, noirs. Ils discutent de l'Amérique, de la disparition des épiciers locaux -progressivement remplacés par les McDonalds-, de la venue des nouvelles technologies effrayantes, de l'absence de tout ennemi. "Plus de coeur dans lequel l'on puisse planter son poignard".
C'est sur cette scène que s'ouvre American Gangster, nom simple pour un film digne. Evitant le souci de la forme d'un Michael Mann et la perfection narrative d'un De Palma, Ridley Scott parvient pourtant à signer une oeuvre tragique, mêlant avec brio tout ce que le cinéma du genre a connu de mieux.
Le résultat ne pouvait donc qu'être classique: reconstruction d'époque irréprochable avec une photo terne et une lumière chic, casting de choix -Washington et Crowe tous deux impressionnants- , scénario intense lorgnant vers le drame: la soif d'argent, le moment où tout s'écroule et où le sol se brise sous nos pieds. Le moment où la gifle est reçue de sa propre mère. Et en arrière plan, toujours deux choses -très distinctes et pourtant liées-, c'est le capitalisme et schizophrénie; c'est ce qu'ils ont complètement de commun. Car c'est peut-être une communauté qui ne se réalise jamais, qui ne prend pas une figure concrète, c'est la communauté d'un principe encore abstrait, a savoir, l'un comme l'autre ne cessent pas de faire passer, d'émettre, d'intercepter, de concentrer des échanges minoritaires. C'est ça leur identité profonde et ce n'est pas au niveau du mode de vie que le capitalisme nous rend schizo, c'est au niveau du processus économique.
Je pense que c'est un film à voir. Ne serait-ce que pour un magnifique manteau de chinchilla.


